Histoire de bleus

Publié le par maya


Des débris de bateau, parsemés de débris de pluies, battantes forcément, sur la coque neuve d’un débris de bateau.


Débris de bateau, lambeau de coque, cale de table à la mer : des bruits.

Des bris de glace, des brisures au bout de pieds secs, engelures : débris.

Une flotte de cales à la mer, plus rien ne tient. Un banc de cales à la surface d’une eau bleue sombre ; chair de poisson à tartiner après ouverture facile de la boîte.
Décalage entre l’ouverture facile de la boîte et l’ouverture pas si facile de la boîte.

Une cale de table est une de ces miniatures hebdomadaire chez ton marchand de journaux.

Sa cale de table est à la mer dans un instant de rage tout seul, tout nu, contre une cale de table qui ne peut rien contre la houle. L’intensité de la houle est vague, elle oscille entre quelques milliers de hertzs. Tout dépend.
Tout dépend de la cale qui dérive, transformée en milliers de cales dérivantes comme un banc de poissons en bois qui se laissent porter à la surface d’une eau bleue à très bleue.

Les bruits de plusieurs brins de matière textile (nous avons retrouvé une fibre) tordus ensemble, s’entendent à peine.

Tout le monde a les pieds secs. Il a le pied marin et il balise d’être tout seul, tout nu parfois. Ses pieds de marins secs trempés par une déferlante vague brusque sont des choses qui arrivent. Face aux évènements, le bleu marine remet son pull et flippe tout seul et enrage tout nu.
Il attrape une pièce de bois aplatie à une extrémité, cogne contre un amas de matière quelconque formant une couche horizontale en épargnant l’appareil destiné à guider un navigateur, il n’est pas fou.

Une pièce de forte toile fixée à un mât et destinée à recevoir l’action du vent pour faire avancer les choses le propulse loin du banc de cales jetées rageusement à la mer ce soir de grève des services publiques.

On n’entend plus que le bruit du zip de sa parka et toujours l’envie de s’y jeter débattue dans le silence approximatif de l’eau.

Pour cuirasse et canon à eau, secteurs secs prévenus.
Un front de froid en cours nous vient et déleste l’homme de ses bouts de pieds (orteils). Le ventre recule au contact d’une goutte. Pour chuter, la température optera pour un vent qui la pousse vers là-bas. Pour ici, ailleurs, idem.
Dans l’ordre : canicule, soleil de plomb, s’attendre à étouffer. Pour le reste, prévoir un jour d’avance.



La houle précède le vague, les lames de fond soulèvent le bleu marine cardiaque sans que ça ne déferle nulle part. Un mouvement d’ondulation agite la mer, l’adresse de la houle est ce bleu marine qui ne vomit plus depuis longtemps. Le bleu marine ne vomit plus.
Un bleu marine est bleu marine sur un pont incolore bleu marine. La bruine humecte la face blanche du bleu marine. La houle est vague sous la coque. Le marin s’ennuie sec le jour et sans sexe la nuit, il écoute. La voix ne dit pas un hou pour se moquer de lui, tout seul, tout nu dans son bleu marine ; la voix dit presque comme deux hou consécutifs, rapprochés, serrés l’un contre l’autre. Le hou où l’on s’embrasse, un hou appuyé fantomatique en échange d’un hou doublé pour dire hé, oh. Oh, hé ! en somme.



Entre agité à très agité il n’y a pas de durée, pas de distance, pas de numérique. Entre agité à très agité il y a des pluies bruine, il y a du cumulus. Il y a, à une distance réelle entre 5000 et 13700 mètres dans le ciel (haut) des filaments blancs qui se détachent en traînées fines et ténues et ailleurs à la même distance des ridules ou granules blancs encore qui forment des nappes assez régulières. La régularité des nappes est acceptable à cette distance dite haut dans le ciel qui se situe entre 5000 et 13700 mètres. Jusqu’à 5000 mètre, il y a autre chose qu’un nuage. Les autres choses sont exclues ou presque de ces considérations, ce qui fait qu’avant et après il n’y a rien ou presque, qu’en dessus et en dessous il n’y a presque rien ou rien de suffisamment déterminant pour changer de nature.
Comme prévu, un voile qui recouvre le ciel peut avoir parfois un effet de halo. Assez souvent pour qu’on le signale. Pas d’indication de couleur ni d’épaisseur en ce qui concerne le voile, c’est un voile suffisant.
Il y a comme des bancs, des nappes ou des couches. Il y a comme des bancs ou plutôt des nappes ou plutôt des couches qui ressemblent en même temps à des bancs des nappes et des couches qu’on appelle à trois reprises en précisant le plus possible s’il s’agit plutôt de bancs, de nappes ou de couches, en insinuant que c’est aussi semblable que différent, un banc, une nappe, une couche.
Encore un voile, dont la couleur précisée est cette fois bleue-grise, obscurcit le soleil et la lune à travers le ciel dont la couleur se situe dans ces tons-là aussi.
Des nuages lourds qui sont assez noirs pour le dire recouvrent presque entièrement le ciel chargé de pluie des fois et de neige d’autres fois. Il y a ou de la pluie ou de la neige ou un peu des deux ou de la pluie qui tend vers la neige ou de la neige qui tend vers la pluie ; la pluie tombe et la neige chute.
Il y a des bancs blancs de nuages d’un blanc dans lequel il y a des zones grises ou noires en ombre. La pluie est légère, la neige chute délicatement.
Il y a une couche grise uniforme basse qui peut atteindre la surface à travers laquelle on distingue le contour du soleil parfois. Assez souvent pour que ce soit signalé.
Une forme de chou-fleur ou de dôme a une base sombre couleur oscillante noir-gris qui se distingue de zones couleur blanc-éclatant qui se distinguent d’elles-mêmes.
Une forme dense avec d’énormes tours a cette fois une base très sombre qui ne laisse pas voir de zone de couleur blanc-éclatant.
 
Il y a une respiration courte avant la démesure.
La voix dit la mer est démontée ce soir. Elle ne dit pas les mecs. La voix ne dit pas démontée. La voix ne dit pas accrochez-vous. La voix suggère que ça chauffe et met en garde ne pas se prendre une corde dans, la voix ne précise pas sourcilière, l’arcade. La voix ne prononce pas secousse, déferlante, chavirer, noyade, effroi, constellations d’étoiles, obscurité totale, petite clope sur le pont en pensant vaguement au cours des choses le regard forcément plongé dans le liquide ; elle ne dit pas embués bientôt par un sentiment d’absurdité tout naturel.

Une tempe trempe de marin, l’oreillette moelleuse de sa voix d’un soir tout seul. Il est dans/sur un bateau, une navette aquatique le mec (oui plutôt bleu marine) la navette incolore bariolée de quelques noms, Maria, Valentina, Santa, Santa Catherina, Rebecca, Lucinda, Santa Santa Barbara.

Bleu sur bleu, il se prend des cordes de pluies et de fibres sur le visage qui change de couleurs indistinctes, il fait toujours nuit là-bas. S’il fait toujours nuit là-bas c’est que les choses ne se distinguent pas les unes des autres, même quand il fait jour. Du bleu sur du bleu contre du bleu à variable dans les bleus comme un bleu classique quand on se prend une corde dans la gueule.
Ça change toujours pareil, c’est toujours pareil quand ça change, c’est toujours pareil, ça change du bleu sur du bleu sur un bleu différent qui vire au bleu-violet-vert-jaune, c’est presque déjà la fin du bleu avec de l’écume brune-jaune-blanche qui ressemble à du bleu quand on a trop de soleil bleu-blanc dans le blanc des yeux brun plutôt vert.

C’est aussi mouillé que sec, tout le monde s’en fout et se jette contre les côtes avec l’idée de dépouillement. Du naufrage sans bandeau sur l’oreillette : tout est humide, la variable du mouillé et du sec. Tu finis toujours tout nu, tout seul. Tout nu tout seul vêtu en bleu marine pour se distinguer en se confondant.
La langue toute nue lèche l’oreille et une onde plastique traverse des lieux qui existent. Un bleu marine se rue sur l’idée de parcelle qu’il élastique à coup de tirer sur la corde de merde d’amarrage. Le monde est un lieu ici.


Carla Demierre
 

Publié dans textes

Commenter cet article