Allocution de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, prononcée à l'université de Dakar

Publié le par plexus-s




dakar, sénégal, le 26 juillet 2007.




mesdames et messieurs,


permettez-moi de remercier d'abord, permettez-moi.
en tant que président de la république française.
je suis venu.


j'aime l'afrique.
c'est pour cela que j'ai souhaité.
j'aime l'afrique toute entière.
tous les africains.
qui sont si différents.
qui n'ont pas la même langue.
qui n'ont pas la religion.
qui ont des coutumes.
qui n'ont pas la culture.
qui n'ont pas l'histoire.
et qui pourtant se reconnaissent.
les uns les autres.
là réside le premier mystère de l'afrique.


oui.
et en particulier les jeunes.
et l'homme noir.
cet homme noir qui ne peut s'empêcher.
cet homme noir.
je le veux ici à dakar.
je ne parle pas de l'homme au sens du sexe.
l'homme noir.


jeunes d'afrique.
je suis venu vous dire.
je suis venu vous dire.
je suis venu.
jeunes d'afrique.


je suis venu, jeunes d'afrique.
je suis venu.
jeunes d'afrique.
l'afrique a sa part de responsabilité.
le colonisateur est venu mais je veux dire.
il a aussi donné.
il a construit des ponts.
des routes.
des hôpitaux.
des dispensaires.
des écoles.
il a rendu fécondes.
il a donné sa peine.
je veux le dire ici.
voleurs.
la colonisation n'est pas responsable.
elle n'est pas responsable.
pas responsable.
elle n'est pas responsable.
elle n'est pas.
responsable.
mais la colonisation.
la colonisation.
la colonisation, mais.
et cette idée me tient particulièrement à cœur.


la colonisation.
le destin de l'afrique.
et ce destin a été scellé.
la colonisation a transformé l'homme africain.
jeunes d'afrique.
jeunes d'afrique.
jeunes.
d'afrique.
je veux vous dire, jeunes d'afrique.
le drame de l'afrique.
l'infériorité de son art.
sa pensée.
sa culture.
car pour ce qui est de l'art.
de la pensée.
de la culture.
c'est l'occident.


l'afrique a contribué à.
le sens du rythme.
la danse.
senghor.
la manière de marcher ou de rire.
je veux donc dire.
le drame de l'afrique.
l'homme africain.
les contes.
les proverbes.
les mythologies.
les rites.
ces formes qui.
l'aube des temps.


jeunes d'afrique.
je suis venu vous dire.
vous n'avez pas honte.
les valeurs de la civilisation africaine
je suis venu vous dire que l'homme moderne.
je suis venu vous dire.
mais je suis aussi venu vous dire.
jeunes d'afrique.
je suis venu vous dire que cette part africaine.
je ne suis pas venu, jeunes d'afrique.
je ne suis pas venu.
mais je suis venu vous dire.
le drame de l'afrique.
l'africain.
pas assez entré dans l'histoire.
le paysan africain.
les saisons.
le temps rythmé par la répétition sans fin.
dans cet imaginaire où tout recommence toujours.
dans cet univers où la nature.
jamais l'homme.
jamais l'idée.
le problème de l'afrique.
et permettez à un ami de l'afrique de le dire.


le problème de l'afrique.
le problème de l'afrique.
le problème.
de l'afrique.
le problème de l'afrique, ce n'est pas.
c'est d'apprendre à regarder.
le défi de l'afrique, c'est.
la science.
la technique.
l'intelligence.
les civilisations sont grandes.
la faiblesse de l'afrique.
elle a payé cher, l'afrique.
la civilisation musulmane.


ne vous laissez pas, jeunes d'afrique.
n'écoutez pas, jeunes d'afrique.
n'écoutez pas.
parce que sans vous.
n'écoutez pas.
jeunes d'afrique.
tout ce qui est africain.
toute la mystique.
la religiosité.
la sensibilité.
la mentalité africaine.
pour échanger, il faut avoir quelque chose à donner.
pour parler, il faut.
écoutez plutôt, jeunes d'afrique.
senghor.
si nous sentons en nègres, nous nous exprimons en français.
parce que le français est une langue.
le français a fait don de ses mots abstraits.
les mots du français rayonnent de mille feux.
comme des diamants.
des fusées.
qui éclairent notre nuit.
ainsi parlait léopold senghor qui fait honneur.
poète.


entendez.
jeunes d'afrique.
rimbaud.
les couleurs sur les voyelles.
comme tes ancêtres en mettaient sur leurs masques.
masque noir.
masque rouge.
masque blanc-et-noir.
ouvrez les yeux, jeunes d'afrique, et ne regardez plus.
j'appelle de mes vœux la renaissance africaine.
dès lors que vous, jeunes d'afrique, vous.
alors commencera la renaissance africaine.
dès lors que vous regarderez bien en face.
la réalité de l'afrique.
alors commencera la renaissance africaine.
car le problème de l'afrique.
empêche de regarder la réalité de l'afrique.
la réalité de l'afrique.
une démographie trop forte.
la réalité de l'afrique.
la réalité.
de l'afrique.
la renaissance dont l'afrique a besoin.
cette renaissance, je suis venu vous la proposer.
je suis venu vous la proposer.
la renaissance de l'afrique.
je sais.
je sais ce qu'il faut.
je sais.
je sais qu'il faut.
je sais ce qu'ils croient.
leurs rêves.
mais je sais.


la jeunesse africaine ne doit pas.
elle ne peut pas.
ce que veut la jeunesse africaine.
ce que veut la jeunesse d'afrique.
c'est travailler.
c'est, au fond, ce que veut toute l'afrique.
ce que veut l'afrique et ce qu'il faut lui donner.
ce que veut l'afrique est ce que veut la france.
la france.
la.
france.


jeunes d'afrique.
l'afrique a payé trop cher le mirage du collectivisme.
jeunes d'afrique vous croyez que le libre échange.
vous croyez que la concurrence.
vous croyez au laisser-faire.
vous savez.
vous voulez.
je suis venu vous dire que la france veut aussi.
elle veut avec l'europe.
elle veut avec l'afrique.
si l'afrique, la france et l'europe veulent, alors nous réussirons.
jeunes d'afrique, vous voulez, mais le voulez-vous vraiment ?
voulez-vous l'arbitraire, la corruption, la violence ?
voulez-vous que la propriété soit respectée ?
voulez-vous que l'état se remette à faire son métier ?
voulez-vous que partout règne l'état de droit qui permet à chacun ?
si vous le voulez, alors la france sera à vos côtés.
voulez-vous qu'il y ait plus de famine sur la terre africaine ?
si c'est ce que vous voulez, jeunes d'afrique, la france travaillera avec vous.
vous voulez que chacun paye le coût ?
c'est à vous de le décider, mais si vous le décidez, la france sera à vos côtés.
c'est à vous, mes amis africains, de le décider.
et si vous le décidez, la france sera à vos côtés.
vous le voulez ?
la france le souhaite aussi.
la france souhaite.


ce que veut faire la france avec l'afrique.
ce que la france veut faire avec l'afrique.
la france le veut avec l'afrique.
ce que la france veut faire avec l'afrique.
ce que la france veut avec l'afrique.
c'est ce que la france veut.
la france.
il ne s'agit nullement de l'afrique.
qui s'étend au sud du sahara.
mais au contraire.


alors, mes chers amis.
l'enfant noir.
à genoux dans le silence.
il peut lever la tête.
et cet enfant noir.
se sentir enfin un homme.
comme les autres.


je vous remercie.



antoine brea


 

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antoine brea 15/12/2008 20:36

loic,des pistes sérieuses par ici :http://www.smithologie.com/spip.php?article33

l_robin 09/12/2008 22:42

Antoine,Je préfère-déteste davantage l'original et m'interroge sur une utilisation politique du cut-up. Après, je n'ai aucune certitude sur l'efficacité d'un tel outil. Qu'il soit utile pour éclairer les coupes (sombres) de nos cerveaux, ça j'en suis convaincu. Par contre, comme "outil critique", cela reste à démontrer.Mais il est vrai que cet essai à le mérite de pointer cette étonnante analogie : l'original est déjà un cut-up ! As-tu des éclaircissements à me donner là-dessus ?loic

antoine brea 02/12/2008 23:23

d'autres retours, oui, mais rien d'aussi précis que vos remarques.de votre dernier commentaire, je retiens la notion de prise de risque, qui me paraît constitutive dans ce projet de cut-up. cela implique la possibilité d'un échec, que pour votre part vous soulignez.et cependant, vous évoquez un tamisage de ce que j'appelais l'"esthétique troublante" du texte original, tandis qu'au départ il était plutôt question de son exhaussement coupable, non ?ab

l_robin 02/12/2008 20:36

Oui, d'accord, mais ce cut-up du cut-up prend le risque de tamiser cette "esthétique troublante" au lieu de la révéler. En tout cas, c'est l'impression très subjective que m'ont laissé mes deux lectures. Avez-vous eu d'autres retours ?loic

antoine brea 02/12/2008 09:14

merci de votre lecture attentive, et de votre réaction.
mais vous partez du postulat que mon "intention première" tiendrait d'une "critique politique". or je crois qu'aucune effraie à grands cris ne m'a attendu pour souligner l'"effarante bêtise" du contenu du discours original.
ce qui m'intéresse, personnellement, et pour dire les choses vite, c'est précisément l'esthétique qui hante ce discours grotesque. c'est ça que je trouve passionnant, et assez fascinant (pour être tout à fait honnête) : une esthétique troublante et qui vient de très loin, qu'on retrouve dans des choses anciennes, beaucoup plus menaçante en tant que telle que les concepts démonétisés qu'elle véhicule.
en ce sens, le cut-up me semble une bonne idée, vu que le discours original est lui-même une forme de cut-up.

ab