Tout se passe comme si l’absence n’avait pas sa place au monde

Publié le par plexus-s



Tu rejettes. Pas de forme, ça dit larmes. Un pas de forme, ovale ou oblique. Un pas en arrière et l’espace intérieur s’échappe, brise la transparence. Il y a deux mondes, dont celui qu’on a perdu.

Trois formes possibles, me disait-on. Toutes les trois sur le thème de l’introduction. Toutes les trois en devenir, motorisées par la gravité. On croit que le corps bouge seul, c'est une pensée pratique. Le corps seul, c’est mort, tu sais bien. On ne le sait que trop bien. A cause des larmes…

Introduire et se faire introduire. Plaques mouvantes des continents de l’homme. Plaques chassant l’une, chassant l’autre. Main ouverte, main fermée.

Tu te fais femme. Tu, c’est martial, avec le bâton du puissant levé dans la chevauchée. Ne pleure plus. Tu ne pleures plus quand la forme est prise, tu réassures ton existence. Protégé dans le ventre de la femme, tu présentes au monde la féminité idéale qui se niche au plus profond de tes rêves. Tu te fais femme à l’extérieur de toi et prends la posture envisagée par la reine. A cause des larmes qui t’attendent de l’autre côté… si tu refuses l’accouplement incessant des esprits. A cause des larmes.

Les larmes couleront au-dedans. Quand tu parades devant pathos avec le masque du sourire, tu figes le sourire hors de toi. Quand tu fais surface sur la vitre, t’y colles pour ne rien voir, tu ne vois plus rien que ce qui est déjà dit.

Tu te fais vide. Tu, c’est celui qui compte le nombre de trous et espaces entre les vies que tu observes depuis la fenêtre. Autrement dit, le noir qui respire derrière toi se mêle aux partis pris des scènes qui n’en finissent plus de se dérouler. Tout se passe comme si l’absence n’avait pas sa place au monde. La fanfare et la musique - avec masques et peaux collées -, poussent à peine ce qui te sépare d’eux : une fenêtre sur le monde. Tout se passe comme si le dos de la vie ne connaissait pas le manifeste. Malgré cette croyance, les deux versants s’entremêlent et s’emmêleront. Le vide, c’est le rien où les eaux se rencontrent, racine bien réelle de l’arbre de vie.

Les larmes ont coulé, tu prends maintenant la forme laissée par le vide et entre les corps tu vois la possibilité d'un ailleurs.


Mathieu Brosseau

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