Idiot d'os

Publié le par plexus-s

 
Les dents sont suffisamment usées pour pouvoir introduire au fond de la gorge, en écartant les lèvres, la somme de mes doigts réunis en cône.
Entre le majeur et l'index je serre la cloche de la cavité et du pouce caresse mon palais aussi strié qu'une clôture de tôle. En reniflant un peu d'hiver, une mielleuse matière empègue les doigts et je manque m'étouffer, mes coudes accrochés aux côtes tressaillent.
Je renifle donc l'empègue du miel et serre des gencives le poignet puis le suçote avec paupières closes.
Je détache un ergot d'une côte.
Un bras est libre.
Mon bras est libre dans l'air et je le chorégraphie à l'aveugle : lente danse dans le coton.

Le bras se replie autour de la taille et la main guette la colonne.
Du débarras de la bouche je retire mes doigts et les vois suintants.
Je pense un instant les essuyer le long de mes veines.
Je mords un doigt.
Un trou sang.
De là tire sur une veine qui part aussi facilement qu'un couteau que l'on dégage du fourreau.
Je l'astique un instant et elle repart par le gosier.
Je la sens ramper et reprendre place.
Elle est maintenant plus chaude que les autres.
Elle scintille sous la peau.
Elle est foutraque veine qu'on peut piquer.
Elle chambarde.


A tout dire, les poils je les mange, du torse.
Les avale avec salive à outrance pour promouvoir le poison direct au cœur imbécile.
Cœur imbécile cloîtré.
Mon cœur est un fourreau de couteau de poils miens tel qu'une bête n'en rêva jamais.
Je prie le cyanure de convaincre le sang.
J'apporte à tout un sens fou.
Je ne peux nommer que ce que je sais d'un savoir confus du corps.
Mon abdomen, sous la graisse, palpite comme poisson hors.
Le pouls de l'effort quand le ventre tremblote.
C'est bidoche au flux d'une mer.
Sortir la glotte de son logis et, avec quelques vertèbres, jouer l'enfant des osselets, chercher le massacre au sol, ces bouts, ces tires-bouts de moi tirés.
L'iris s'efface en couleurs sur les joues pour donner blanc d'œuf.
Mes ongles épluchés, plantés autour des tétons nus en crocs.
Les peaux des genoux flottent au vent pour ouvrir les genoux au vent, l'armature du navire.
Un bras lancé me revient dans la tête.
Que du mal à avancer avec ces genoux à vif, ça m'apprendra.
J'ai peur de désenclencher un os pour m'huiler les lèvres avec sa mœlle.



Stéphane Dussel



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