Ontologie : Imaginaire

Publié le par plexus-s

 

 

Il y a quelque chose.

Nommons ce qu’il y a « le réel ».

Les corps sont ce qui du réel se donne comme fini, indivis : les corps sont donc des hybrides, mixtes du réel et du négatif qui les divise jusqu’à l’indivision. Nommons ce négatif l’imaginaire, et définissons-le comme suit : ce qui, dans ce qu’il n’y a pas, permet la découpe des corps. L’imaginaire est un incorporel, s’appliquant au réel informe comme une feuille de calque dessinée, pour y projeter ses traits et ses courbes ; ce sont ces figures, projetées sur le réel, qui le découpent en corps, dans l’espace et dans le temps et particularisent ce simple « il y a ». Elles, les figures (phrases, images) sont ce qui, de l’imaginaire, se donne comme fini, indivis : les figures sont donc des hybrides, mixte d’imaginaire et du négatif qui le divise jusqu’à l’indivision. Ce négatif est le réel, c’est-à-dire ce qu’il y a. Ce sont les corps, visibles et sonores, qui découpent l’imaginaire en figures. Le temps est ce que dure une phrase. L’espace est ce que prend une image.

Les figures ne renvoient pas aux corps : ceux-ci ne leur sont pas des référents. Les corps et les figures sont les glandes pinéales par où le réel et l’imaginaire communiquent ; étant le négatif l’un de l’autre, ils ne se représentent pas, mais se découpent. Se demander à quoi les figures renvoient a aussi peu de sens que se demander à quoi les corps renvoient : ils sont des coupes du réel, elles des coupes du sens. Étant donné la nature des corps, on ne peut faire comme s’ils valaient en soi, indépendamment de l’imaginaire qui les informe et les découpe : les corps ne sont pas des atomes. De même, on ne peut rien dire des figures indépendamment du réel qui les segmente : les figures ne sont pas des énoncés. Aussi, dans la mesure où les corps comme les figures n’existent qu’en tant que découpes d’un imaginaire singulier dans le réel, l’ontologie, une fois dépassé le moment positif de l’affirmation de la pure existence (« il y a »), se relativise-t-elle en une théorie réaliste et irréaliste ensemble.

 

La seule affirmation de l’existence des corps tient donc d’une ontologie qui, non seulement a besoin d’affirmer l’existence de ce qui n’existe pas (de l’imaginaire), mais s’accepte en plus, en tant que s’énonçant dans des figures, elle-même semi-fictive. Ainsi l’ontologie contient-elle les figures par lesquelles se découpe dans ce qui est ce qui vient découper ces figures ; mouvement de torsion entre le réel et l’imaginaire par lequel se tisse l’infini (∞) du sens.

Pierre Vinclair


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