pour lancer la danse

Publié le par maya

 

 

 

La lymphe nous maintient dans notre forme quand le sang des mondes nous met en réseau.

 

Il est un combat contre le lexique, un autre contre le rythme ou l’espace de la page tels que l’on se les préfigure, normés. D’autres batailles encore sont lancées contre le corps ou l’idée du corps : il s’agit là d’y échapper ou d’y circonscrire une certaine éthique ou une certaine idée de l’éthique. On se performe et se dissout dans la syntaxe et la répétition hypnotique. On s’exécute dans l’anti-corps. On cherche des anti-mondes où se fourrer, des nuits où se cacher. On est l'instantané d'un déchirement.

 

Ces batailles sont compulsivement libératoires : d’un mouvement, elles laissent penser que le sujet recouvre sa liberté dans la phrase du monde. Mais il n’en est rien. Aucun être n’est isolé, détaché du reste : illusion de la solitude. Nous sommes une part dans la phrase et sommes dits par la phrase.

 

Si de telles batailles formelles et spirituelles sont indispensables à l’élaboration d’un nouvel ordre poétique, elles n’en libèrent pas pour autant les sujets, inextricablement liés à leur outil invisible : la langue de sang : la respiration du devenir.

 

Je vois la danse des étoiles autour de moi et leur sang circule jusqu’en moi.

 

La vraie bataille, s’il en est, est celle à mener contre cette langue qui vous parle, la langue qui vous dit tout entier, avenir inclus, d’un seul trait et sans que vous ne puissiez rien faire. La vraie bataille consiste à la comprendre pour la déjouer. Embrasser la langue pour la faire taire. L’aimer de tout le corps dont on dispose.  Fourrée dans le noir du possible, elle vous prédomine et détermine, déjà en soi et sans que vous ne le sachiez, vos prochaines batailles. Elle est la première pierre, le premier ordre, l’origine de l’action. Aussi, faut-il travailler pour apprendre, du début jusqu’à la fin, ce que les parques ont souhaité faire de nous. Travailler donc pour arriver au silence. Au grand silence.

 

Mais attention, l’idée de l’issue aveugle le combattant excité et impatient. Pour avancer, il faut retenir ses armes, « tenir le pas gagné » : la bataille contre la langue ne doit pas être, ne peut être qu’une simple volonté de sortir de la langue, là, par les cheveux jusqu’à mourir, détournant le flux des astres pour s’isoler des langues. Non, le combat doit être tout entier, dans son âme tendue, structurée et contrainte comme la nature. Il est une longue traversée qui s’éprouve dans la succession et dont l’expérience se fait dans la langue, faisant voir des éléments extérieurs aux sois, communs à tous : figures parfaites laissées dans le sillage du sang des astres.

 

L’avancée ne se fait que lorsque cette volonté de déplacer le soi dans un désir de mort, ce souhait de n’être plus le jeu des lettres, met la langue en tension par sa critique et son propre anéantissement. L’esprit se gonfle alors comme une voile et s’ouvre vers les nouveaux espaces à appréhender. Un certain silence trouve alors toute sa place dans le corps du libéré.

 

Et là, seulement, les parques doucement apparaissent et des images du dehors lentement reviennent.

 

 



Mathieu Brosseau

 

 

 

 

 

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