Prose musicale vers l'hypomnésie

Publié le par maya

 
à Arno

Ceux qu'on interroge sur la question encore d'une poésie vraie sont toujours des humains d'aujourd'hui, et d'abord des hommes et des femmes oraux dans une civilisation de l'écrit. Il y a un désir de trouver l'homme oral à toutes les époques, et on revient toujours à l'astreinte fabricante et  hypomnésique dans cette affaire. Les formes sont là pour soutenir une mémoire des conversations, dont les conversations sur les livres, qui sont de la langue vivante sur la fixation des étapes de vie antérieures de la langue. La nécessité de soutenir une mémoire de la parole est une astreinte rythmique, un art, s'il faut plus qu'un compte-rendu d'interview.  Je peux partir à Clarens ou dans le désert pour bien penser au poème vrai, à l'homme vrai, et poser les questions de l'essayiste qui botanise et se promène. Je peux aller faire du surf, passer la barre et les machines à laver virtuelles et dire qu'on va tous être dans du poème ou de l'origine purs, et ne pas poser les questions. Mais ce n'est pas sûr que j'y pense mieux, loin de tout, c'est-à-dire sans en parler avec des voisins, ce nombre de conversations et de rues aux buses tout ouvertes, dans le son quotidien des pompiers et des échaffaudages par exemple, des klaxons par exemple, le son quotidien d'x ventres en prose courante, en prose-sms, en prose téléphonique, en prose comme elle va ni calée ni flasque.
En françaisarabeitalienchinoismalgache.

Et puis le son de la mer un peu partout. Ah bien. Qui veut parler comme la mer, qui veut parler comme la plage doit savoir ce que mer et plage veulent dire dans une ville aux buses ouvertes, publiques. Les buses ouvertes mettent sous condition des jambes qui marchent aujourd'hui, des promeneurs d'aujourd'hui, des contemplatifs d'aujourd'hui. Des amoureux de la mer et de la plage, pareil. Des amoureux de l'homme vrai. L'image des buses ouvertes ou des rues en chantier est un peu l'image de l'absence de tout secret à l'heure actuelle. Les conditions de la flânerie ne sont plus un secret pour personne. Mais l'image de la buse découverte rappelle que les efforts de la flânerie sont aussi ceux d'un soc de la pensée dans le terrain.  De l'invention d'une mesure de la discrétion dans « de la prose » ou du tout-extraverti. A viser l'hypomnésie. Les rues ne sont pas données, pas plus que la technique du flux et du reflux des rives du lac de Bienne intégrés. Alors j'imagine qu'on est dans une ville qui s'appelle Oxbow (-plage, -prose, -poésie) et pas Clarens, dans la musique d'Oxbow, brouillonne d'apparence, violente, pornologique et tenue, et pas dans l'idée de la musique selon Rousseau, où on doit bien faire parler une pensée qui vient momentanément et fatalement après les livres. Pas une parole idyllique d'avant les livres. Qu'est-ce qu'une forme de chercher l'hypomnésie à Oxbow, quand tu parles. Une prose vers l'hypomnésie, en vue d'elle, est un gage qu'une prose puisse remplir les tâches de l'invention du vers dans les traditions orales. Proses spéciales et utiles comme de la métrique appropriée au besoin de synthèse à passer de bouche en bouche. « La » prose ordinaire n'a jamais suffit pour converser.

 

Samuel Rochery

 

 

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gmc 30/01/2007 22:11

LE PAYS DES HOMMES VRAISDans ce pays ridicule, le nomade ne voit jamais d'hommes faux, d'où son ignorance absolue de l'existence d'un pays où les hommes pourraient être autres que vrais. De temps à autre, des grammaires vaguement délirantes tentent de conceptualiser à l'extrême ce qui ne pourra jamais l'être, trahissant leur désarroi de ne pas savoir s'engager plus avant sur les chemins de la folie, leur désir de sécurité face à l'overdose de réalité, préférant les marges étroites du clair-obscur, le savoir à la connaissance, l'embourgeoisement à l'amour. Ailleurs mais ici, nulle part donc, le feu brûle au fond des cavernes ostréicoles, dévorant tendrement les camélias et les fauves, butinant les comètes aux yeux pourpres, massacrant les parois sclérosantes. Dans l'incandescence du froid non torréfiée, des saltimbanques sans regard contemplent des écritures sans miroir, fluides ou rugueuses, vertes ou pas mûres, et les repeignent aux couleurs du hasard ou de la fortune. Qui peut dire ce que vrai veut dire quand les lignes parallèles des monologues sont qualifiées de conversations?