Cédille au çiel [extrait]

Publié le par maya

Dans le ciel du mage et du
prophète, le ciel du Livre, il y a
des enclumes à tonnerre, à
éclairs, des fouets à neuf
queues, des chaînes
d’agonie, des sabliers qui
fuient, qui passent la mesure,
des candélabres d’or,
des flambeaux, des lustres
panoramiques, des portes
de cyclopes qui s’ouvrent et qui
se ferment, qui se ferment
d’abord, qui se ferment toujours,
des trônes de jaspe sur des
épaules jeunes, sur des épaules
blêmes, sur des têtes bouclées,
il y a des autels de
marbre et de farine,
des cornes d’abondance d’où
jaillissent encens, myrrhe et
cinnamome, il y a des ânes
suppliciés depuis que le monde
est monde, que le ciel est
ciel, des chevaux blancs et
feu et noirs et verdâtres,
des anges aux sept collines, aux
sept trompettes, aux sept
diadèmes, aux sept machins,
des séraphins très-nus, un peu
ivres, faméliques, vingt-quatre
vieillards qui tirent une
langue bifide, qui montrent
deux fesses mollassonnes où
sont plantés des fers, des fleurs
parfois, des cucurbitacées,
il y a des aigles et des épées,
des poissons par myriades,
des scorpions, des fléaux
innommables, des sauterelles en
pagaille, des dragons cornus,
des ourses pas méchantes, des sosies
emboîtés,
des joueuses de flûtes,
de harpes archaïques, des Vierges qui
portent palmes, plumes de
paon, qui mentent sans vergogne,
l’air de passer le plat,
il y a des forêts de serpents,
des jardins de la honte, du
rouge au front, il y a
des champs de dolmens, des bassines
de soufre, des villes trois
fois martyres, des remparts
de roseaux, des agneaux comme
des agneaux, des lions comme
des lions, des mers profondes et
profondes, des océans de vin,
d’hydromel, des puits de larves,
de larmes et de bave, des
chimères écarlates, des dieux
qui jouent aux dés, au
lance-pierre, lance-misère, qui
se tripotent en douce, sous
la toge, à leur barbe, qui
jaugent leur tabac, leurs couillons
dépoilés, il y a
des cargaisons de fous,
de damnés pour un rien,
il y a, trop c’est trop, des
chariots d’aubépine, de pourpre et de soie
 
                     dans ton ciel qui bat de l’aile, il y a quatre saisons en une, une saison en quatre, une saison, et quatre.
 
Michel Valpremy
un extrait de Cedille au çiel
Editions Les Vanneaux [à paraître]
 
 

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