Lettre à Edith [extrait]

Publié le par maya


TA FATIGUE je l’ai vue j’ai désiré toouucchheerr ta fatigue la prendre et la mettre ailleurs la suspendre ta fatigue et les cailloux devenir un rempart à cailloux de poète mal intentionné c’est un projet comme un autre t’es fatigue t’es belle tu respires plus vite quand tu fatigues quand je respire plus vite je pense au caillou peut être déposé par un narcissique littérateur dans mon poumon je le pense sûr parole ta parole elle évacue les cailloux de mes artères elle évacue elle est comme une baraque t’es belle tu es une PLACE je pense la place on LA prend on L’arrache on L’attrappe au vol quand Ca vole La Place elle est toujours là quand on La veut parce que demain on sait pas moi j’aime ça parfois il y a du sel dans la croûte que le temps laisse avec lui sur le rebord de la fenêtre le rebord de toi et moi les rencontres sont des rebords des bords qu’on raccommode t’es belle t’es juste au bord de je ne sais quoi et moi j’aime ça je juste au bord un justaucorps sans LIMITE un coin ta fatigue édith je la ferai devenir une boulle de mousse et je choisirai un tissu mordoré un truc qui brille je l’enfermerai à l’intérieur elle aura sa place dans ma penderie pendue ta fatigue et toutes les mauvaises pensées de la colère chère édith aujourd’hui ce matin des douleurs partout des douleurs ça tiraille ça pique ça poignarde la douleur dans des endroits du corps que je savais pas qu’ils existaient tu le crois ça ? tu le crois ? j’écris t’écris tu cris je cris tu dors je dors mais pas pareil la prendre ta fatigue la jeter dans la fosse et pof on en parle plus on en parle plus la fatigue la tienne ça deviendrait une mémoire (ce mot est un piège pour les poètes multimédias) c’est moi qui l’écris ta fatigue avec les cailloux on imagine t’écris et pof tous les soucis les désamours les malamours les malentendus de l’amour dans la fosse ! + : je suis formellement opposée à la dimension de ‘témoignage’ j’ai été nulle tu as été un frisson stupéfiant sur l’échine dorsale je répète un frisson stupéfiant sur l’échine dorsale  un frisson stupéfiant sur l’échine dorsale un frisson stupéfiant sur l’échine dorsale un frisson stupéfiant sur l’échine dorsale un frisson stupéfiant sur l’échine dorsale un frisson stupéfiant sur l’échine dorsale un frisson stupéfiant sur l’échine dorsale un frisson stupéfiant sur l’échine dorsale un frisson stupéfiant sur l’échine dorsale la chaleur d’une personne qui se lève du fauteuil laisse une place vacante une place à prendre tu comprends ? T’écris je braille je vitupère je m’exaspère je réccupère tu dors j’écris je prends  tu dors je pense à toi je dors j’écris tu dors je survole je pétillonne je peste je m’éclabousse tu fais du camping tu aimes la rivière tu sais écrire que dans le jardin il se passe des choses moi j’ai du mal à penser écrire dans le jardin dans le jardin il y a c’est trop difficile pour moi le jardin à part écrire je me souviens des mirabelles et de l’arbre à cassis les confitures et l’enfance et frôler-juste- les jonquilles de Pâques c’est déjà ça les jonquilles tout ça qu’on s’en fout c’est trop dans l’enclos des clichés litté-raturés le jardin c’est la rature pas de jardin pour moi sauf : LE TIEN tu as perdu tes moyens tu t’es perdue tu t’es écroulée sous le poids de ton poids tu l’a fait tu as posé d’abord tes mains sur le (re)bord du trottoir tu as poussé dans tes chevilles mollets genoux cuisses repos hanches ventre poitrine soufflé poussé tiré debout tu l’as fait et moi ? j’écris ventre à terre je mords des deux yeux la poussière à peine mon intellect au dessus de la poussière le sens des choses c’est poussière POINT plus je suis formellement opposée à la dimension de ‘témoignage’ au delà de tout ceci tu es dans l’interpellation tu es celle qui hèle qui m’appelle tu envoies des signaux tu frappes tu frappes lances cailloux pour faire du feu pour faire des signes tu frappes d’un caillou dans mon ventre les cailloux on les mange on les lance on les a dans la tête dans les organes vitaux dans l’amour pleins de cailloux pas dans la tête je vous en supplie pas de caillou dans ma tête t’es belle ta voix c’est du larsen bienvenu chère édith je t’écris du soir toujours je t’écris pour te poser une question très importante au sujet de les cris tuent hier au soir un cri t’étais pas là fatigue trop fatigue trop violence trop chère édith d’où ça sort? D’où ça rampe dis-le moi il faut que tu me le dises trop de choses sournoises perverses me déroutent le coeur m’électrifient le sommeil il faut que cela cesse les questions sur la culture et derrière l’amour (sûr: tu dis) il faut absolument que je te demande quelque  chose au sujet de tendre les bras dis-moi j’aimerais écrire des pages sans limite une lettre qui n’en finit pas pas à l’aise avec les ruptures les limites même le saut à la ligne il me troue le coeur il me troue le coeur trop profond après je respire si je me concentre chère édith ta voix c’est du valium ta voix c’est de la drogue pas douce pas dure de la drogue pas de repos dans ta voix de l’anésthésiant qui sursaute tu vois? Tu comprends ta voix c’est de l’amour POINT LIMITE c’est dangereux hier encore des corps calcinés dans le Nord pas de répit pas de Calais pas d’échappatoire tu le sais ça des corps calcinés pas le tien de corps tu chauffes tu brûles je me consumme je me crâme les poumons et la catégorie cérébrale de l’espoir je sais pas à quel degré de destruction elle en est mon frère d’encre est un beau titre un durassien presque c’est un compliment chère édith je t’écris il est tard j’ai mal dormi j’ai rêvé d’un sérial killer c’est réccurrent c’est pas pour frimer plus de serial killers avec le valium c’est comme ça chère édith je t’écris ce matin j’ai épluché la rentrée littéraire dans les journaux quelque chose vide pas d’envie de rentrer le bilan économique des petits éditeurs est à pleurer mais pleurer j’ai assez fait préfère lancer des cailloux ou écrire écrire à édith à bulteau pas pareil mon frère pas d’encre mon frère d’ADN il est loin ses bras loin toujours une partie du corps qui crie le manque rien à faire la famille c’est un drôle de mot dans ta bouche la famille elle est sortie de son camp de ses névroses elle est grande elle aime manger du cassoulet à 80 le dimanche par exemple (attendre quoi?) des ronds de jambes dans un justaucorps en un seul mot les baraques ça m’a mise dans une sacrée colère un souvenir mythologique une foudre avec O marqué marquées la fureur la foudre la colère elle est où ma surprise? Inscrite dans l’ADN un jour un savant dira la littérature elle est inscrite dans l’ADN et mon père la radio l’a dit ce matin mon père d’ADN a décidé avec d’autres que la planète Pluton n’était plus la panète Pluton quelle responsabilité! (cet épisode eut lieu à Prague) Soit dit en passant le dieu des Enfers si on l’exclut c’est pas plus mal le reloger alors en hlm banni dans un quartier hors les murs en banlieue à le faire réfléchir sur l’enfer il aura peut être le projet de faire crâmer les voitures et la planète entière en faire un enfer à la mesure pareille il aurait raison Pluton je le soutiens le pauvre Pluton de banlieue prox ADN–City  : La famille c’est des responsabilités écrire il paraît aussi il faut penser à écrire dans l’esprit de famille pas dans l’esprit-enclos pas facile chère édith je t’écris ce soir pour savoir ce que t’en penses des baraques mon écriture dis-moi la solitude il faut que ça s’arrête une veine dans ma tête exprime en boucle son ras le bol faut que ça s’arrête ça palpite trop fort édith t’es belle le doute est revenu il a un stetson de travers une balafre au coin des lèvres la commissure ça s’appelle les cicatrices au bord de la commissure ça pose un homme le doute c’est un homme alors un homme hier a été retrouvé mort au volant de sa voiture sur la N26 une balle dans la tempe je préfère pas m’imaginer je préfère pas m’imaginer et je suis formellement opposée à la dimension de témoignage de ta littérature ta voix c’est une commotion un coup de gueule de cailloux le verbe à la commissure qui pendouille pour combien de temps? Il faut que tu me donnes ton il fallait que tu me donnes vite ton avis je te jure y a des poètes parfois j’ai envie de leur mettre une balle dans la nuque et de me jeter dans la fosse après c’est trop dingue c’est le désordre t’es belle au moins ça au moins ça au moins ça Je suis si vieille que j’aimerais écrire dans un jardin avec un arbre à cassis un jour j’écrirai Un roman policier avec des hommes dans des voitures avec des balles dans la tempe et des filles en morceaux dans les caves dans les rues la nuit dans les livres des autres plus facile de dépecer les filles quand elles sont dans le livre des autres des pas copains tu vois? Chère édith aujourd’hui j’ai lu cette phrase: toutes deux étaient, me disais-je, d’une beauté parfaite, présentes et absentes à la fois, et j’admirais le sérieux qu’elles mettaient à tourner les pages c’est incroyablement remuant le pouvoir que peut prendre une phrase à force de penser à ce pouvoir on se tait.


Sophie Dubois

 

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