Abdelhamid khorti

Publié le par maya


Vers 14 heures, alors qu’il arpentait à grands pas des rues moites et défoncées, il a soudain cru voir un homme s’écrouler de l’autre côté du bitume. Cela a eu lieu à une dizaine de mètres, sans qu’aucune déflagration ne vienne troubler le silence alentour.

Est simplement tombé comme une feuille.

Sa tête a heurté le trottoir.

- N’ai hélas rien pu faire, à part sonner pour vous avertir, dit-il en sanglotant.

L’infirmière remercie. Elle se force à sourire. Essaie d’abord de le calmer. Lui injecte du liquide dans les veines. Un truc froid pour couper la fièvre, chiffonner les images vives et jeter ces foutues peurs au creux des flaques… Elle lui caresse le bras et lui parle, à lui dont l’esprit s’échappe – la brume déjà y ondule  – jusqu’à se laisser bercer par un flot de paroles inaudibles…

Il  devine encore, mais de moins en moins, des morceaux de Palestine sous la pluie. Une à une, les villes s’éteignent. A la fin Jénine même s’efface. Ne reste, debout près du lit, que la frêle silhouette de celui qui, tout à l’heure, est revenu mourir dans ses rêves. Il l’a reconnu au premier coup d’œil. Grâce, surtout, à sa démarche légèrement hésitante. Cet homme, inconnu de tous ou presque et désormais enfoui sous la terre – s’inclinant tout de même pour poser deux doigts humides sur les paupières sèches d’un malade – s’appelait Abdelhamid Khorti. Artiste (palestinien), mort, assassiné,  le 8 janvier 2001 au soir, sur la petite route qui le menait de Mograba à Netzarim.


Jacques Josse

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