S'il faut tristesse

Publié le par maya


S'il faut tristesse il y aura colère 

et s'il le faut il nous faudra pleurer notre corps il nous faudra 

nous mourir pour nous redevenir il nous faudra 

aller en sens inverse 

 

 

s'il faut tristesse il y aura ce cheval fou 

cette ancre du devenir en désespoir

et s'il faut tristesse les larmes seront derrière tes yeux 

et s'il le faut tes yeux auront la couleur du ciel 

et s'il le faut ta tristesse aura la couleur du feu

 

 

ta colère ressemblera à mes larmes 

et s'il le faut le tamis épuisera ce qui nous sépare 

au final nous pleurerons ce rien qui nous anime 

ce tout qui nous divise 

 

 

et s'il faut tristesse c'est avec la peur au ventre que 

nous croiserons les palais merveilleux et le rêve du commun accord 

et s'il le faut nous irons recueillir le mot dans la langue 

et l'esprit du temps viendra se loger à l'intérieur de la langue  

 

 

et s'il faut tristesse le tout s'enveloppera d'un soi bien étoilé par mes soins

car il m'est encore possible de parer d'or les allures de chien 

il m'est encore possible de voir du tourment dans un calme froid 

il m'est encore possible de voir du poétique dans du retour anxieux

 

 

et s'il faut tristesse pour réparer une nuit

au dessus d'une tête nous irons jusqu'au bout 

nous nous rendrons jusqu'à la mer qui est habillée d'un voile noir, 

concave habillée d'hommes en étoile

 


pour cette mer il m'est encore possible de mentir car 

l'angoisse fabrique la question

dont la réponse est hors de toute probabilité 

dont la réponse est fabriquée là dans un élan d'oubli 

dans une enfance à recouvrer car 

il est encore temps de repartir 

il est encore temps de se retrouver 

dans un bout d'enfance sacrifié aux nervures d'un soi éclaté

dans le réseau des astres 

 

 

mais s'il faut tristesse j'ai toujours le pouvoir de donner figure car

il faut tristesse pour se redresser


Mathieu Brosseau

 

Publié dans textes

Commenter cet article