Miettes en sauce (Reliquaire)

Publié le par maya


Michel Valprémy vient de nous quitter. Les éditions Wigwam et Plexus-S ont aujourd'hui une pensée pour lui.




      Le petit doigt du saint, une esquille de lièvre en sauce, couché, bonbon d’os, dans la crèche, les copeaux. Comme l’or profus s’éparpille et fleuronne (beurre râpé, jaune riche – coucou/cocu -, soleil sur les meules). Je le suce, je m’en perce la doublure des joues, la langue aussi, trop grasse, cardinalice et menteuse – ô roulette, dentistes en surplis !

 

 

 

      Prépuce au fond de l’ampoule ouverte comme un œuf – les mains des idolâtres (ça poisse) ont graissé la coquille. Sur un lit de feldspath, de gypse caillé (et le tungstène en treille) repose une rondelle de peau, une tranche de cou, ratatinée, fraîche pourtant du dimanche dernier (la volaille, à plat dos, cul béant, attendait son farci).

 

 

 

      Sentinelles, deux grillons affrontés, secs, chevauchent, pour la pose d’artiste, un coffret émaillé dit au Casque gaulois, bleu caporal, et presque intact malgré le caniveau (vermicelle ou lessive). C’est le trésor des trésors, une gaze au toucher. Cheveux de Marie-Jeanne. Les mots, déjà. Cheveux de Marie-Jeanne. L’abeille prise ; une friction d’orties.

 

 

 

      Sans tenaille, sans fil noué, ma canine est morte. La souris, petite, petite, fait chou blanc. Je vis sans récompense (mais la langue appointée colmate l’intervalle). Ma prière zézaye et chuinte. Sur l’autel hydrophile – c’est son nom – , la perle de ma chair, un gros grain de riz bouilli et rebouilli, au dieu du maïs  et des éponges emportera mes vœux. Bel évier neuf (sa faïence, sa parure), pluie miraculeuse. Et la joie entre toutes du métayer ventru et des filles de ferme bottées comme les hommes.

 

 

 

      Noire, aiguisée, elle est là, bec d’oison, griffe de chimère naine, dans sa valve fossile (gloire à vos cœurs de feu, Vénus & Jacques !). Epine dans le mille, au milieu du genou couronné. Je tombais à plaisir ; en boxeur, en danseuse, en enfer ; à bonheur, en habit de kermesse. Longtemps sans tache, je riais le dernier.

 

 

 

      Quand tu vivais, pantin chéri, cochon pendu, je bisais l’eau des sources et des vitrines. Perizonium de poupée ou fichu de grand soleil, ton mouchoir déplié (l’amidon de tes sucs, comme une craie craque et s’émiette), plié, déplié, humé, léché peut-être, une fois l’an, et rangé poliment dans sa châsse gothique en carton colorié à la main.

 

 

 

 

      Sur la langue, au bout, le nom de chose, le petit nom, le nom commun. Ni verre à dents, à moutarde, ni coupe en or ciselé. Calice, c’est pour les fleurs savantes, pimbêches clouées à quatre épingles dans l’herbier… siphon, les marionnettes… si belle en ce miroir… si Paris en bouteille… un petit coup c’est agréable… Au bout de la langue, à un poil près… Ciboire de fête, ciboire de cristal (on entend le ciel pleurer ses gammes), ciboire aux œillets de poète. Nos hosties en pluie : l’immangeable monnaie-du-pape et ces croûtes de fromage rouge pour ne pas toujours faire semblant.

 

 

 

     Bouton blanc de culotte, un ostensoir, entre deux portes, dans le fouillis crotteux de l’ombre.

 

 

 

      Remède de mémère, recette de nonette (toutes bonnes et pauvres ?), confiture et poison, bocaux du dernier rang, fioles du haut de l’échelle. Mon flacon sort du fumier, quasi neuf, rose comme un ongle de gamine, une perle de pacotille (les nuages pareils, au réveil, les gencives de bébé). Idole rose dans sa niche – un pur badigeon –, idole au long cou, adorée de mes yeux seuls, pleine à demi de mon sang de mauviette, de fifille pleureuse, rossée – ô Blandine ! – derrière la haie par la meute riante des barbares à clous.

 

 

 

      Parchemin cramé sur les bords, roulé aux petits soins, en bûche de Noël, et scellé richement (cordelière à six brins, graisse de bougie) qu’il me glissa dans l’interdit, sans avoir l’air – ni le jouir ni le rire – , à minuit sous l’olivier bénit. Je vois un outil, une carotte à tête d’homme (on dirait), je vois une corne de bœuf. Ce serait trop beau. L’énigme n’est plus au ciel. Je vois, côte à côte, des cercles magiques, deux hérissons roulés en boule, un jet d’eau qui mouille mon cœur signé. Plus beau qu’une Marie sainte, qu’une salope en rubis. N’ayez pitié ! Je m’entends avec moi.


Michel Valprémy
(Editions Wigwam, 1993)
 

Publié dans textes

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dominique quélen 07/09/2007 17:50

Me frappe, à la lecture de ces quelques textes, ceci, que l'écriture de Michel était en quelque sorte à la croisée de celles de Jacques Josse et de Christophe Petchanatz. Avec un foisonnement qui n'était (n'est) qu'à lui, quelque chose de spectaculaire et de feutré à la fois dans le langage.