Epopée [VII - XIV]

Publié le par maya

 

VII.

à l'orée du bois, la lisière, l'extrémité
des petites choses adorables sortent d'une femme
allongée dans la mousse et les trompettes de la mort
des larves blanchâtres que j'étreins
que je crève, que je jette le plus loin possible
de moi
j'aime plus que tout ces choses adorables
les aimer m'aime, c'est indéniable, ici et maintenant
puis elles s'évaporent en laissant un parfum de souffrance
s'agripper à ce qui fait que la scène tient le coup
trop étreint mal étreint rien
hagard dans le bois dont on ne sort plus à cisailler
l'air
avec l'épée
tant les choses s'enfuient plus vite que tout
puis errer le désir vif
toujours
frapper


VIII.
les ennemis et les coups durs sont les écailles
où ricoche le monde
sous lesquelles évolue le héros libre et pesant
il est loin le temps de l'invisibilité


IX.
après le pont et l'énigme que je résous
une demeure confortable et son habitante
l'enjeu est charnel
tout basculerait si tel n'était pas le cas
ce qui n'arrivera pas
mais la question s'est posée
un bruissement d'eau et l'éclat de la chair
je ne pose aucune question


X.
les grands combats contre les barbares
assoiffés du manque de cohérence au sein de l'individu
n'augmentent ni la gloire ni le désespoir
penser à soi suffit à les éviter
et nous laisse inepte au milieu d'une immense place vide
alors les affronter
frapper
toujours


XI.
le héros ne tremble pas
il scintille et cela le rend
difficilement repérable mais prévisible


XII.
ô mon destrier
la plaine est longue
ton cuir luisant doit endurer
la pénibilité de l'effort
moi le reste, plus immatériel
ô plaine
ne jamais considérer la monotonie
le bivouac, l'embuscade
et l'attente au milieu de nulle part
ce n'est pas une vie


XIII.
le désespoir est aussi incompréhensible que
je marche malgré la fatigue
maintenir un niveau général moyen
alors je serai joyeux?
passent des bêtes dans le fond
la joie qui est impudique


XIV.
viendront les regrets, la lèpre
ravage
si mécaniquement, physiquement, rien n'est éliminé
asséché alors renaîtront-ils toujours
les terribles regrets
me couper le bras pour ne jamais plus voler
est la devise des vertueux
la suivre, la suivre
laisser couler les regrets
l'âcreté, fi!

(suite à venir)

Charles-Mézence Briseul
 

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